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Encelade, la lune qui projette son océan dans l'espace

Mis à jour le · 6 min de lecture

Encelade est une petite lune glacée de Saturne, large de 504 km seulement, qui cache sous sa croûte un océan global d'eau salée et en projette une partie dans l'espace par des jets proches de son pôle Sud. Découverts par la sonde Cassini en 2005, ces panaches contiennent de la vapeur d'eau, des grains de glace, des sels, des molécules organiques, de l'hydrogène moléculaire et des phosphates : Encelade est l'un des endroits les plus prometteurs du Système solaire pour chercher une vie extraterrestre.

Sommaire
  1. Une lune trop petite pour être active
  2. La surface la plus brillante du Système solaire
  3. Les panaches et l'anneau E
  4. L'océan sous la glace
  5. Les ingrédients de la vie
  6. Les missions futures
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

Une lune trop petite pour être active

William Herschel découvre Encelade en 1789 grâce à son nouveau télescope de 40 pieds, quelques semaines avant Mimas. Son fils John la baptise plus tard du nom d'Encelade, l'un des Géants de la mythologie grecque. Pendant deux siècles, elle n'est qu'un point lumineux ; les survols de Voyager en 1980 et 1981 révèlent une surface étonnamment lisse et claire, presque dépourvue de cratères par endroits, premier indice d'un renouvellement géologique.

Selon les règles habituelles, une lune aussi petite aurait dû geler entièrement depuis des milliards d'années : elle contient trop peu de roche pour rester chaude grâce à la seule radioactivité. La clé est le chauffage par effet de marée. Encelade est en résonance orbitale 2:1 avec Dioné, ce qui maintient une légère excentricité de son orbite. En se rapprochant puis en s'éloignant de Saturne toutes les 33 heures, la lune est comprimée puis relâchée par la gravité de la planète, et la friction dans la glace transforme cette déformation en chaleur.

La surface la plus brillante du Système solaire

Encelade réfléchit presque toute la lumière solaire qu'elle reçoit, car sa surface est tapissée de glace fraîche à grain fin, retombée de ses propres panaches. Son relief est très contrasté : vieilles plaines cratérisées au nord, régions plus jeunes sillonnées de crêtes et de rainures, et, au pôle Sud, une zone presque sans cratères bordée d'une ceinture de montagnes et de plis.

Au cœur de cette région s'étirent quatre fractures parallèles d'environ 130 km de long, espacées d'à peu près 35 km : les « rayures de tigre », baptisées Alexandria, Cairo, Baghdad et Damascus Sulci. Les instruments infrarouges de Cassini les ont trouvées nettement plus chaudes que leurs alentours, et ses caméras ont identifié une centaine de jets distincts qui s'en échappent.

Les panaches et l'anneau E

Début 2005, le magnétomètre de Cassini détecte une perturbation au-dessus du pôle Sud, comme une atmosphère locale ; les survols rapprochés de la même année confirment l'existence de gigantesques panaches de vapeur d'eau et de glace. Les jets libèrent de l'ordre de quelques centaines de kilogrammes d'eau par seconde, et en 2023 le télescope spatial James Webb a observé le nuage de vapeur s'étendre sur près de 10 000 km autour de la lune.

L'essentiel des grains retombe en neige, mais une partie échappe à la faible gravité d'Encelade et alimente le vaste et ténu anneau E de Saturne, qui s'étend jusqu'à environ 480 000 km de la planète. Cette même matière givre la surface de Téthys, de Dioné et de Rhéa, qu'elle éclaircit. La structure et la chimie des jets sont détaillées à la page des geysers d'Encelade.

L'océan sous la glace

Plusieurs indices convergent vers la présence d'eau liquide :

  1. Des grains de glace salés. En 2009 et 2011, l'analyseur de poussières de Cassini trouve des grains riches en sels de sodium, qui ne peuvent se former que par congélation d'eau liquide salée.
  2. La gravité. En 2014, des mesures gravimétriques lors de survols rapprochés révèlent une mer régionale sous le pôle Sud, profonde d'environ 10 km, sous 30 à 40 km de glace.
  3. Le balancement. En 2015, la mesure fine de la libration de la lune, un léger mouvement de bascule au fil de son orbite, montre qu'il est trop ample pour une croûte soudée au noyau. L'océan doit être global et séparer la coquille de glace de l'intérieur rocheux. Cette coquille mesurerait en moyenne 20 à 25 km d'épaisseur, et seulement quelques kilomètres au pôle Sud.

Les ingrédients de la vie

Ce qui rend Encelade exceptionnelle, c'est que son océan vient à nous. En traversant les panaches, parfois à quelques dizaines de kilomètres seulement de la surface, Cassini l'a échantillonné directement :

  • Des nanoparticules de silice (2015), signe d'une eau chaude, probablement à plus de 90 °C, réagissant avec la roche du plancher océanique, comme dans les systèmes hydrothermaux terrestres.
  • De l'hydrogène moléculaire (2017), source d'énergie chimique potentielle pour des microbes semblables à ceux qui en vivent autour des sources hydrothermales sur Terre.
  • Des molécules organiques complexes (2018), de gros composés carbonés présents dans les grains de glace.
  • Des phosphates (2023, Postberg et al., Nature), dernier des ingrédients clés de la vie telle que nous la connaissons à être détecté, à des concentrations bien supérieures à celles des océans terrestres.

Eau liquide, source d'énergie, et les éléments carbone, hydrogène, azote, oxygène, phosphore et soufre : Encelade semble réunir les conditions de base de l'habitabilité. Cassini n'était pas conçue pour détecter la vie, et aucune n'a été trouvée. Les questions ouvertes sont abordées dans la vie sur Titan et Encelade.

Les missions futures

L'enquête décennale américaine en sciences planétaires (2022) a classé un Enceladus Orbilander, engin qui se mettrait en orbite puis se poserait près des panaches, parmi les missions phares prioritaires, juste après un orbiteur pour Uranus. L'ESA a de son côté retenu une mission vers les lunes des planètes géantes, Encelade en tête des cibles, pour son programme à long terme Voyage 2050. Aucune n'a encore de date de lancement ferme. L'héritage de Cassini est présenté à la page de la mission Cassini ; sa plongée volontaire dans Saturne en 2017 visait notamment à écarter tout risque de contaminer Encelade (Grand Finale).

Questions fréquentes

Y a-t-il de l'eau sur Encelade ?

Oui. Encelade possède un océan global d'eau liquide salée sous une coquille de glace, et elle rejette de la vapeur d'eau et des grains de glace dans l'espace par des jets situés à son pôle Sud.

Pourquoi Encelade est-elle si brillante ?

Sa surface est recouverte de cristaux de glace frais et propres retombés de ses panaches, si bien qu'elle renvoie presque toute la lumière reçue. C'est le grand corps le plus réfléchissant du Système solaire.

Y a-t-il de la vie sur Encelade ?

Aucune vie n'a été détectée. Encelade réunit eau liquide, énergie chimique (hydrogène moléculaire) et éléments clés dont le phosphore : elle est donc jugée potentiellement habitable, mais rechercher la vie exigera une nouvelle mission.

Quelle est la taille d'Encelade ?

Encelade mesure environ 504 km de diamètre, soit à peu près un septième de celui de la Lune. Elle tiendrait largement dans la France métropolitaine, de Brest à Strasbourg.

Sources

  • NASA Science : Encelade
  • Postberg, F., et al., « Detection of phosphates originating from Enceladus's ocean », Nature 618 (2023)
  • Thomas, P. C., et al., « Enceladus's measured physical libration requires a global subsurface ocean », Icarus 264 (2016)
  • Waite, J. H., et al., « Cassini finds molecular hydrogen in the Enceladus plume », Science 356 (2017)

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