Saturne dans l'art et la culture
Saturne a inspiré les artistes sous deux formes très différentes : le dieu romain qui dévore ses enfants, peint par Rubens puis, de façon inoubliable, par Goya dans Saturne dévorant un de ses fils ; et la planète à anneaux, l'objet le plus reconnaissable du ciel nocturne, devenue l'emblème de l'art spatial et de la science-fiction. Entre les deux s'étend une riche tradition symbolique qui associe Saturne au temps, à la vieillesse et à la mélancolie, des gravures de la Renaissance à la musique de Holst et à la prose de Sebald.
Sommaire
Le dieu dévorant
Le mythe de Cronos, le dieu grec que les Romains identifiaient à Saturne, avalant ses enfants par peur d'être détrôné (voir Saturne et Cronos), a donné l'une des images les plus violentes de l'art occidental. Pierre Paul Rubens la peint pour Philippe IV en 1636-1638, en ajoutant trois étoiles qui renvoient à l'observation par Galilée, en 1610, d'une planète « triple » (le Saturne de Rubens). Près de deux siècles plus tard, Francisco de Goya peint sa propre version sur un mur de sa maison près de Madrid : un géant à l'œil fou qui déchiquette un corps sans tête, sans faux, sans ciel, sans récit. Saturne dévorant un de ses fils est aujourd'hui l'un des tableaux les plus reproduits au monde et le cœur des quatorze Peintures noires, dont l'histoire, des murs de la Quinta del Sordo jusqu'au Prado, est aussi singulière que les images.
Le temps, la mélancolie et la planète
Bien avant Goya, on représentait Saturne en dieu voilé à la faucille sur les fresques romaines, en vieillard boiteux régnant sur paysans, mendiants et prisonniers dans les « Enfants des planètes » médiévaux, puis en Temps muni de son sablier dans les allégories de la Renaissance. La Melencolia I d'Albrecht Dürer (1514) donne forme au tempérament saturnien. Après l'invention de la lunette, la planète elle-même entre dans l'art, des schémas de Huygens aux pastels de Trouvelot et aux peintures spatiales de Chesley Bonestell. Notre panorama de Saturne dans la peinture retrace toute cette histoire.
Musique et littérature
Les Planètes de Gustav Holst font de Saturne « celui qui apporte la vieillesse » : une lente procession au rythme d'horloge qui monte jusqu'à un sommet terrifiant avant de s'achever dans la sérénité ; c'était le mouvement préféré du compositeur (le Saturne de Holst). En littérature, W. G. Sebald a pris les anneaux, décrits dans son épigraphe comme les débris d'une lune disloquée, pour image d'un livre fait de fragments d'histoire et de mémoire (Les Anneaux de Saturne). La chanson française a aussi son Saturne, portrait mélancolique du temps qui passe : « Saturne » de Georges Brassens.
La science-fiction
Du philosophe saturnien de Voltaire au roman 2001 d'Arthur C. Clarke, qui envoie Dave Bowman vers la lune Japet (le film, pour des raisons techniques, a choisi Jupiter), Saturne et ses lunes sont une destination favorite de la science-fiction. Interstellar y place son trou de ver ; Beetlejuice en a fait un désert peuplé de vers des sables. Voir Saturne dans la science-fiction, ainsi que les Saturn Awards, récompenses du genre.
Dessiner Saturne
Saturne est aussi la planète que tout le monde dessine. Sa forme de base, un cercle traversé par une ellipse inclinée, est simple, mais c'est le chevauchement de l'anneau et du globe qui la rend crédible. Notre guide du dessin de Saturne pas à pas détaille les cinq étapes, les vraies couleurs et la place de la division de Cassini.
Questions fréquentes
Quelle est l'œuvre d'art la plus célèbre sur Saturne ?
Saturne dévorant un de ses fils de Goya, peint vers 1819-1823 et conservé au musée du Prado à Madrid. Pour la planète, les images les plus emblématiques sont les photographies de la sonde Cassini, prises entre 2004 et 2017.
Pourquoi Saturne mange-t-il ses enfants ?
Selon le mythe grec, Cronos (Saturne) avait appris qu'un de ses enfants le détrônerait ; il les avalait donc à leur naissance. Seul Zeus (Jupiter) en réchappa, grâce à une pierre que sa mère substitua au nouveau-né.
Que symbolise Saturne dans l'art ?
Le temps, la vieillesse, la mélancolie, les limites et la mort, mais aussi l'âge d'or d'abondance sur lequel Saturne régnait selon la légende romaine.
Quelles musiques parlent de Saturne ?
La plus célèbre est « Saturne, celui qui apporte la vieillesse », dans Les Planètes de Gustav Holst. Côté chanson, on peut citer « Saturne » de Georges Brassens (1964) et « Saturn » de SZA (2024).
Sources
- Musée du Prado
- Raymond Klibansky, Erwin Panofsky et Fritz Saxl, Saturne et la Mélancolie, Gallimard, 1989
- Hésiode, Théogonie, v. 453-506
- W. G. Sebald, Les Anneaux de Saturne, trad. Bernard Kreiss, Actes Sud, 1999