Les conjonctions de Saturne, de Jupiter à la Lune
La conjonction Jupiter–Saturne, appelée grande conjonction, se produit environ tous les 20 ans, lorsque Jupiter rattrape Saturne dans le ciel. La dernière a eu lieu le 21 décembre 2020 : les deux planètes n'étaient séparées que de 0,1 degré, un rapprochement inédit en observation depuis le Moyen Âge. La prochaine aura lieu le 31 octobre 2040, avec un écart plus large, d'environ un degré.
Sommaire
Qu'est-ce qu'une conjonction ?
En astronomie, une conjonction désigne le moment où deux astres ont la même longitude écliptique (ou la même ascension droite) vus de la Terre : ils paraissent alors au plus près l'un de l'autre dans le ciel. C'est un effet de perspective. En décembre 2020, Jupiter et Saturne semblaient presque se toucher, mais elles étaient en réalité séparées d'environ 730 millions de km, Saturne étant presque deux fois plus éloignée de la Terre que Jupiter.
Le terme a aussi un second sens : on parle de conjonction avec le Soleil lorsqu'une planète passe derrière lui. Pour Saturne, cela se produit une fois par an, environ six mois avant ou après l'opposition, et la rend invisible quelques semaines.
La grande conjonction du 21 décembre 2020
Jupiter boucle son orbite en 11,86 ans, Saturne en 29,46 ans. La combinaison de ces deux périodes fait que Jupiter rattrape Saturne en moyenne tous les 19,86 ans. La plupart de ces rencontres laissent un écart d'environ un degré, soit deux fois le diamètre de la pleine Lune, parce que les orbites des deux planètes sont légèrement inclinées l'une par rapport à l'autre.
En 2020, la conjonction s'est produite près de l'endroit où les deux plans orbitaux se croisent vus de la Terre, d'où un écart exceptionnel d'environ 6 minutes d'arc. Les deux planètes tenaient dans le même champ d'un télescope à fort grossissement, avec les anneaux de Saturne et les quatre satellites galiléens de Jupiter visibles ensemble. Un rapprochement encore plus serré avait eu lieu en juillet 1623, mais trop près du Soleil pour être observé ; il fallait remonter à mars 1226 pour trouver une grande conjonction aussi serrée et observable.
La conjonction de 2020 avait deux handicaps : elle se déroulait bas sur l'horizon sud-ouest au crépuscule, et en plein hiver dans l'hémisphère Nord. Elle s'est produite dans le Capricorne (constellation), et, pour les astrologues, au tout début du Verseau tropical, ce qui a nourri de nombreux commentaires sur une « ère du Verseau » (Saturne en astrologie). Ces interprétations n'ont aucun fondement scientifique.
Les grandes conjonctions à venir
| Date | Écart approximatif | Remarque |
|---|---|---|
| 21 décembre 2020 | 0,1° | la plus serrée observable depuis 1226 |
| 31 octobre 2040 | environ 1,1° | dans la Vierge, bas dans le ciel de l'aube, à une vingtaine de degrés du Soleil |
| 2060 | environ 1° | 20 ans plus tard, selon la période moyenne |
| 15 mars 2080 | environ 0,1° | aussi serrée qu'en 2020 |
Il arrive aussi que la conjonction soit triple : lorsqu'elle se produit près de l'opposition, le mouvement rétrograde des deux planètes les fait se croiser trois fois en quelques mois. Cela s'est produit en 1940–1941 et en 1980–1981 ; la prochaine triple conjonction n'est pas attendue avant le XXIIIe siècle.
Une longue histoire culturelle
Les grandes conjonctions ont fasciné les astronomes et astrologues depuis l'Antiquité. Les auteurs arabes et persans médiévaux, comme Abu Ma'shar au IXe siècle, en ont fait un outil d'histoire universelle, associant chaque série de conjonctions à un élément (feu, terre, air, eau). Car les conjonctions successives se déplacent d'environ 240° sur l'écliptique, dessinant un triangle, le « trigone », qui glisse lentement autour du zodiaque : chaque « élément » domine environ deux siècles, et le cycle complet dure un peu moins d'un millénaire.
Johannes Kepler, après avoir observé la conjonction de décembre 1603, a dessiné ce trigone et proposé qu'une triple conjonction survenue en 7 avant notre ère, dans les Poissons, ait pu inspirer le récit de l'étoile de Bethléem. L'hypothèse reste débattue et invérifiable. Pour en savoir plus sur le regard des astronomes anciens, voir l'histoire de l'observation de Saturne.
Les autres conjonctions de Saturne
- Avec la Lune : la Lune passe près de Saturne une fois par mois, environ tous les 27,3 jours. Selon les années, elle peut même la cacher : on parle alors d'occultation lunaire.
- Avec Vénus et Mars : ces rapprochements, parfois à moins d'un degré, se produisent plusieurs fois par décennie. Vénus et Saturne réunies au crépuscule forment un spectacle facile à l'œil nu, Vénus étant une centaine de fois plus brillante.
- Avec Uranus : tous les 45 ans environ ; la dernière date de 1988, la prochaine est attendue vers 2032–2033.
- Avec Neptune : tous les 36 ans environ ; après 1989, la rencontre suivante a eu lieu début 2026, près du Soleil dans le ciel, donc difficile à observer. Les astrologues l'ont associée au point 0° du Bélier (Saturne en Bélier).
Comment observer une conjonction
Une conjonction se voit à l'œil nu : il suffit de connaître la date, l'heure et la direction. Des jumelles montrent les deux astres dans le même champ lorsqu'ils sont à moins de 5 à 6 degrés. Pour un rapprochement serré comme en 2020, un télescope à faible grossissement (40 à 80 fois) permet de voir les deux planètes et leurs satellites ensemble. En photographie, un téléobjectif de 300 à 600 mm sur trépied, avec une pose courte, suffit à saisir les deux planètes et le paysage (photographier Saturne).
Questions fréquentes
Quand aura lieu la prochaine conjonction Jupiter–Saturne ?
La prochaine grande conjonction de Jupiter et Saturne aura lieu le 31 octobre 2040. Les deux planètes seront séparées d'environ un degré, soit deux fois le diamètre apparent de la pleine Lune.
Qu'avait d'exceptionnel la conjonction du 21 décembre 2020 ?
Jupiter et Saturne n'étaient séparées que de 0,1 degré, au point de sembler former un seul astre à l'œil nu. Aucune grande conjonction aussi serrée n'avait été observable depuis mars 1226.
Tous les combien Jupiter et Saturne se rapprochent-elles ?
En moyenne tous les 19,86 ans. Cette période découle des durées de révolution des deux planètes autour du Soleil : 11,86 ans pour Jupiter, 29,46 ans pour Saturne.
La grande conjonction est-elle l'étoile de Bethléem ?
C'est une hypothèse proposée par Kepler au XVIIe siècle, à partir de la triple conjonction de 7 avant notre ère. Elle reste spéculative : aucune source ne permet de trancher.
Sources
- NASA Science – Saturn
- JPL Horizons System
- Jean Meeus, Mathematical Astronomy Morsels, Willmann-Bell, 1997
- Johannes Kepler, De stella nova in pede Serpentarii, Prague, 1606