Les rayons des anneaux de Saturne
Les rayons des anneaux de Saturne, appelés spokes en anglais, sont des traînées radiales qui apparaissent sur l'anneau B, s'étendent parfois sur plus de 10 000 km et se forment en quelques minutes à quelques heures. Ils sont constitués de fines poussières soulevées au-dessus des anneaux, probablement par des forces électrostatiques. Découverts par les sondes Voyager en 1980 et 1981, ils sont saisonniers : ils se multiplient autour des équinoxes de Saturne, comme celui de 2025, et s'effacent près des solstices.
Sommaire
Une découverte inattendue
Quand Voyager 1 s'est approchée de Saturne en 1980, les scientifiques s'attendaient à des anneaux réguliers, chaque particule tournant à sa propre vitesse selon les lois de Kepler. Les images ont pourtant montré des taches sombres en forme de rayons de roue, comme des doigts de fumée posés en travers de l'anneau B. Voyager 2 les a de nouveau observées en 1981. Quelques années plus tôt, l'observateur américain Stephen O'Meara avait signalé à l'oculaire des structures radiales sur l'anneau B, une observation accueillie à l'époque avec scepticisme.
Pourquoi les rayons défient la mécanique céleste
Dans un anneau, les particules internes tournent plus vite que les particules externes. Toute structure radiale devrait donc se déformer en spirale en quelques heures. Or les rayons gardent longtemps une forme presque rectiligne. Leur mouvement suit en grande partie la rotation du champ magnétique de Saturne, d'environ 10 h 39 min, plutôt que la vitesse orbitale des particules. Ils sont d'ailleurs plus fréquents près de l'orbite synchrone, vers 112 000 km, là où une particule tourne exactement à la vitesse de la planète. Cette coïncidence a très tôt orienté les chercheurs vers une explication électromagnétique.
De quoi sont faits les rayons ?
Les rayons paraissent sombres quand on regarde les anneaux du côté du Soleil, et brillants quand on les observe à contre-jour. Ce comportement est la signature de grains très fins, d'environ un micromètre, qui diffusent la lumière vers l'avant. Les rayons ne sont donc pas des ombres ni des trous : ce sont des nuages de poussière de glace très fine, suspendus juste au-dessus du plan des anneaux, que forment les grosses particules (voir la composition des anneaux).
La théorie électrostatique
L'explication la plus répandue est la lévitation électrostatique. Les grains de poussière posés à la surface des particules plus grosses acquièrent une charge électrique. Si cette charge devient suffisante, la répulsion électrique les détache et les soulève au-dessus des anneaux, où ils subissent l'influence du champ magnétique de la planète.
Le déclencheur reste discuté. Plusieurs pistes ont été proposées :
- des impacts de micrométéorites produisant de petits nuages de plasma, idée formulée dans les années 1980 ;
- des faisceaux d'électrons associés aux éclairs des orages de Saturne ;
- des variations du plasma environnant, liées à l'activité magnétique de la planète.
Aucune de ces hypothèses n'explique à elle seule toutes les observations, et les rayons demeurent l'un des phénomènes les moins bien compris des anneaux.
Un phénomène saisonnier
Les rayons ne sont pas toujours présents. Lorsque Cassini est arrivée en 2004, près du solstice d'été austral, aucun rayon n'était visible ; les premiers sont réapparus en septembre 2005. Ils se sont multipliés à l'approche de l'équinoxe d'août 2009, puis ont décliné quand les anneaux ont été plus fortement éclairés.
L'explication probable tient à l'angle du Soleil. Quand il éclaire les anneaux de face, près des solstices, le rayonnement ultraviolet produit beaucoup d'électrons qui empêchent les grains d'accumuler la charge nécessaire à leur lévitation. Quand le Soleil est rasant, autour des équinoxes, cet effet s'atténue et les rayons peuvent se former. Le cycle suit donc les saisons de Saturne, avec deux « saisons des rayons » par orbite de 29,5 ans.
La saison des rayons de 2025
En 2023, la NASA a annoncé que le télescope spatial Hubble, dans le cadre de son programme OPAL de suivi annuel des planètes géantes, voyait revenir les rayons en vue de l'équinoxe de mai 2025. Hubble a photographié à plusieurs reprises les taches sombres sur l'anneau B, offrant la première occasion depuis Cassini d'étudier leur fréquence et leur durée sur toute une saison (voir les observations par télescope). Comme les anneaux étaient alors presque par la tranche vus depuis la Terre, les observations ont été délicates, mais elles permettent de comparer cette saison à celles de 1980–1981 et de 2009.
Peut-on voir les rayons au télescope ?
C'est exceptionnel. Les rayons sont faibles, peu contrastés et n'apparaissent que lorsque les anneaux sont peu ouverts. Quelques astrophotographes équipés de grands instruments et d'excellentes conditions affirment les avoir enregistrés, mais leur observation visuelle reste anecdotique. Pour progresser dans ce domaine, voir l'astrophotographie de Saturne.
Questions fréquentes
Que sont les rayons des anneaux de Saturne ?
Ce sont des traînées radiales de poussière de glace très fine, soulevée au-dessus de l'anneau B. Ils apparaissent en quelques heures et tournent avec le champ magnétique de la planète.
Pourquoi les rayons sont-ils saisonniers ?
Ils se forment surtout quand le Soleil éclaire les anneaux sous un angle rasant, autour des équinoxes. Un éclairage direct semble empêcher les grains d'accumuler assez de charge électrique pour léviter.
Qui a découvert les rayons des anneaux ?
Ils ont été découverts sur les images des sondes Voyager en 1980 et 1981. Un observateur amateur, Stephen O'Meara, avait signalé des structures radiales quelques années plus tôt.
Les rayons sont-ils encore visibles ?
Ils ont été observés par Hubble autour de l'équinoxe de 2025. Ils devraient se raréfier à mesure que les anneaux seront plus éclairés, à l'approche du solstice de 2032.
Sources
- NASA Science, Saturn
- B. A. Smith et al., « Encounter with Saturn: Voyager 1 imaging science results », Science, 1981
- C. J. Mitchell et al., « Saturn's spokes: lost and found », Science, 2006
- C. K. Goertz et G. Morfill, « A model for the formation of spokes in Saturn's ring », Icarus, 1983