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Saturne flotterait-elle sur l'eau ?

Mis à jour le · 5 min de lecture

La densité moyenne de Saturne est de 0,687 g/cm³, soit environ 70 % de celle de l'eau : c'est la seule planète du Système solaire moins dense que l'eau. D'où l'affirmation célèbre selon laquelle Saturne « flotterait dans une baignoire assez grande pour la contenir ». Le calcul est exact, mais l'image trompe : Saturne est une boule de gaz et de fluide dotée d'un cœur dense, et dans un océan réel elle se mélangerait, se déformerait et s'effondrerait plutôt que de flotter comme un bouchon.

Sommaire
  1. Pourquoi Saturne est moins dense que l'eau
  2. Une densité loin d'être uniforme
  3. Saturne flotterait-elle vraiment dans une baignoire ?
  4. Saturne face aux autres mondes
  5. Comment on a mesuré cette densité
  6. Questions fréquentes
  7. Sources

Pourquoi Saturne est moins dense que l'eau

La densité, c'est la masse divisée par le volume. Saturne est 95 fois plus massive que la Terre mais occupe environ 764 fois son volume (voir taille et masse) : chaque mètre cube ne contient en moyenne que 687 kg de matière.

Trois facteurs expliquent ce chiffre :

  1. La composition. Saturne est faite surtout d'hydrogène et d'hélium, les deux éléments les plus légers. Roches et glaces ne représentent qu'une part modeste de sa masse, concentrée en profondeur.
  2. Une masse insuffisante pour se comprimer. Jupiter a 3,3 fois la masse de Saturne et presque la même composition, mais elle n'est qu'un peu plus grosse. Sa gravité plus forte comprime bien davantage l'hydrogène, d'où une densité presque double (1,33 g/cm³). Saturne occupe un entre-deux : assez grosse pour être gonflée, pas assez massive pour se tasser autant.
  3. La chaleur interne. Saturne rayonne encore la chaleur de son intérieur (voir température), ce qui maintient son gaz légèrement dilaté.

Sa rotation rapide laisse une signature visible : Saturne est la planète la plus aplatie, avec un rayon équatorial de 60 268 km contre 54 364 km aux pôles, en partie parce qu'une matière aussi peu dense se renfle facilement.

Une densité loin d'être uniforme

0,687 g/cm³ est une moyenne sur toute la planète. La répartition réelle est très contrastée :

RégionDensité approximative
Haute atmosphère, niveau de 1 barenviron 0,0002 g/cm³ (six fois moins que l'air terrestre au niveau de la mer)
Enveloppe d'hydrogène moléculaireaugmente progressivement avec la profondeur
Couche d'hydrogène métalliquede l'ordre de 0,5 à 1 g/cm³ et plus
Noyau diffus de roches, glaces et hydrogèneplusieurs g/cm³

La sismologie des anneaux, à partir des données de Cassini, suggère que le noyau de Saturne n'est pas une boule compacte mais une région « floue » où les éléments lourds se mêlent à l'hydrogène sur une grande partie du rayon (voir la structure interne). La planète a donc un centre lourd et une enveloppe extérieure extrêmement légère ; seule la moyenne tombe sous celle de l'eau.

Saturne flotterait-elle vraiment dans une baignoire ?

L'image de la baignoire est un bon moyen mnémotechnique, pas de la physique. Prise au pied de la lettre, elle se heurte à plusieurs obstacles :

  • Il n'y a pas de surface qui tienne. Saturne n'a pas de croûte solide. Ses couches extérieures sont du gaz, qui se mélangerait à l'eau, ou la ferait bouillir, au contact.
  • La gravité change tout. Un « océan » assez grand pour accueillir Saturne pèserait plus lourd qu'elle. Une telle masse d'eau s'effondrerait sous sa propre gravité en un corps de taille planétaire, et les deux objets s'attireraient et fusionneraient au lieu que l'un flotte sur l'autre.
  • La pression renverse la comparaison. L'eau au cœur d'un tel corps serait comprimée bien au-delà de 1 g/cm³, tandis que le noyau de Saturne est déjà plus dense que l'eau. Un noyau dense coule.
  • La poussée d'Archimède suppose une gravité extérieure. Le principe d'Archimède s'applique dans un champ de pesanteur uniforme, comme celui de la Terre dans une piscine. À l'échelle planétaire, ce sont les corps eux-mêmes qui créent la gravité.

La version honnête est donc : la densité moyenne de Saturne est inférieure à celle de l'eau liquide à la surface de la Terre. C'est un fait réel et surprenant ; « flotter » n'est qu'une façon de parler.

Saturne face aux autres mondes

CorpsDensité moyenne (g/cm³)
Terre5,51 (planète la plus dense)
Mercure5,43
Vénus5,24
Mars3,93
Jupiter1,33
Uranus1,27
Neptune1,64
Saturne0,687
Titan1,88
Soleil1,41

Le plus gros satellite de Saturne, Titan, est près de trois fois plus dense que sa planète, car il est fait pour moitié de roche et pour moitié de glace. Même le Soleil, boule de plasma brûlant, est en moyenne deux fois plus dense que Saturne. Certaines exoplanètes dites « super-puffs » vont bien plus loin, avec des densités inférieures à 0,1 g/cm³.

Comment on a mesuré cette densité

Pour obtenir une densité, il faut une masse et un volume. La masse de Saturne se déduit des orbites de ses satellites, puis des trajectoires des sondes qui l'ont survolée ou orbitée, de Pioneer 11 à Cassini. Son volume découle de sa forme, mesurée par occultations radio lorsque les sondes passaient derrière la planète. Cassini a affiné ces deux grandeurs, d'où la précision des valeurs actuelles. Pour l'effet de cette masse sur un visiteur, voir la gravité sur Saturne.

Questions fréquentes

Quelle est la densité de Saturne ?

La densité moyenne de Saturne est de 0,687 g/cm³, soit 687 kg par mètre cube. C'est environ 70 % de la densité de l'eau liquide et environ un huitième de celle de la Terre.

Saturne flotterait-elle sur l'eau ?

Seulement au sens où sa densité moyenne est inférieure à celle de l'eau. En réalité, Saturne n'a pas de surface, son gaz se mélangerait à l'eau, et une masse d'eau suffisante s'effondrerait sous sa propre gravité. Son noyau dense, lui, coulerait.

Pourquoi Saturne est-elle si légère pour sa taille ?

Elle est composée surtout d'hydrogène et d'hélium, et sa masse ne suffit pas à les comprimer autant que le fait Jupiter. Sa chaleur interne maintient aussi le gaz légèrement dilaté.

Quelle est la planète la moins dense ?

Saturne, avec 0,687 g/cm³. Viennent ensuite Uranus, à environ 1,27 g/cm³, puis Jupiter, à 1,33 g/cm³.

Sources

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