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Comment Saturne s'est-elle formée ?

Mis à jour le · 7 min de lecture

Saturne s'est formée il y a environ 4,5 milliards d'années, dans les tout premiers millions d'années du Système solaire, très probablement par accrétion de cœur : un noyau de glace et de roche a grossi au-delà de la « ligne des glaces » jusqu'à ce que sa gravité lui permette de capturer d'énormes quantités d'hydrogène et d'hélium dans le disque de gaz entourant le jeune Soleil. L'histoire ne s'arrête pas là : les simulations suggèrent que Saturne a migré vers l'intérieur puis vers l'extérieur avec Jupiter, et qu'une instabilité ultérieure entre planètes géantes a remodelé le Système solaire externe.

Sommaire
  1. La matière première : un disque autour du jeune Soleil
  2. L'accrétion de cœur, le modèle dominant
  3. Ce que révèle l'intérieur de Saturne
  4. Le Grand Tack : Saturne sauve le Système solaire interne
  5. Le modèle de Nice : une instabilité plus tardive
  6. Chapitres suivants : l'inclinaison et les anneaux
  7. Questions fréquentes
  8. Sources

La matière première : un disque autour du jeune Soleil

Le Soleil est né de l'effondrement d'un nuage de gaz et de poussières. Autour de lui, la matière restante s'est aplatie en un disque protoplanétaire en rotation, composé à environ 98 % d'hydrogène et d'hélium et à 2 % de poussières et de glaces. Près du Soleil, seuls la roche et le métal pouvaient rester solides. Au-delà d'une distance appelée ligne des glaces, à quelques unités astronomiques, l'eau gelait, ce qui multipliait la quantité de matière solide disponible pour bâtir des planètes. Saturne et Jupiter se sont formées au-delà de cette limite : c'est la raison principale de leur gigantisme.

On observe aujourd'hui de tels disques autour d'étoiles jeunes ; le radiotélescope ALMA, au Chili, y a photographié des anneaux et des sillons, peut-être creusés par des planètes géantes en formation.

L'accrétion de cœur, le modèle dominant

Dans le modèle d'accrétion de cœur, Saturne a grandi par étapes :

  1. De la poussière aux planétésimaux. Les grains se sont agglomérés en cailloux, puis en corps kilométriques appelés planétésimaux.
  2. Un noyau solide. Les planétésimaux, et sans doute une multitude de cailloux centimétriques dérivant dans le gaz (l'« accrétion de galets »), ont construit un noyau de roche et de glace d'une dizaine de masses terrestres ou plus.
  3. Une enveloppe gazeuse lente. La gravité du noyau a commencé à retenir une mince enveloppe d'hydrogène et d'hélium.
  4. L'emballement. Quand la masse de l'enveloppe a rejoint celle du noyau, le processus s'est accéléré et la planète a avalé du gaz à grande vitesse, jusqu'à épuisement du disque ou ouverture d'un sillon autour de son orbite.

Saturne a terminé avec environ 95 masses terrestres, moins d'un tiers des 318 de Jupiter (voir Saturne et Jupiter), ce qui explique aussi sa faible densité. L'explication la plus courante tient au calendrier : plus loin du Soleil, là où la matière s'assemblait plus lentement, Saturne aurait entamé sa phase d'emballement plus tard, quand le disque contenait moins de gaz, et celui-ci se serait dissipé avant qu'elle ne grossisse davantage. Les disques gazeux des étoiles jeunes ne durent que quelques millions d'années, ce qui impose un délai serré.

L'alternative : l'instabilité du disque

Dans le modèle d'instabilité gravitationnelle du disque, une région massive et froide du disque s'effondre directement en géante gazeuse en quelques milliers d'années, sans noyau préalable. Ce scénario convient mieux aux planètes très massives et très éloignées de leur étoile. Pour Saturne, son enrichissement en éléments lourds par rapport au Soleil et la présence d'un noyau conséquent plaident pour l'accrétion de cœur, même si les deux mécanismes peuvent coexister ailleurs dans la Galaxie.

Ce que révèle l'intérieur de Saturne

L'accrétion de cœur prévoit un noyau compact. Or les données de Cassini, analysées par sismologie des anneaux, indiquent un noyau diffus : les éléments lourds, environ 17 masses terrestres selon une étude de 2021, seraient dispersés et mêlés à l'hydrogène sur une grande partie du rayon de la planète au lieu de former une boule nette (voir la structure interne). Le noyau se serait donc construit progressivement alors que le gaz s'accumulait déjà, ou bien il se serait partiellement dissous par la suite. Jupiter présente un « noyau dilué » comparable dans les données de la sonde Juno. Expliquer ces noyaux flous est un sujet de recherche actif, qui affine le modèle d'accrétion de cœur sans le remettre en cause.

Le Grand Tack : Saturne sauve le Système solaire interne

Le modèle du Grand Tack (Walsh et al., 2011) propose qu'après sa formation, Jupiter a migré vers l'intérieur à travers le disque de gaz, peut-être jusqu'à 1,5 UA du Soleil, à peu près l'orbite actuelle de Mars. Saturne, migrant plus vite, l'aurait rattrapée et se serait verrouillée avec elle dans une résonance orbitale (3 révolutions pour 2 de Jupiter). Le couple aurait alors rebroussé chemin vers l'extérieur, comme un voilier qui vire de bord : c'est le sens de tack en anglais.

Si ce scénario est juste, il expliquerait la petite taille de Mars (le passage de Jupiter aurait tronqué la matière disponible dans sa région) et le mélange de corps rocheux et glacés dans la ceinture d'astéroïdes. Le Grand Tack reste discuté, et d'autres modèles reproduisent une petite Mars sans lui, mais il illustre une idée forte : la gravité de Saturne a pu façonner les planètes internes, Terre comprise.

Le modèle de Nice : une instabilité plus tardive

Le modèle de Nice, du nom de l'Observatoire de la Côte d'Azur où il a été élaboré (Tsiganis, Gomes, Morbidelli et Levison, 2005), décrit ce qui s'est passé après la disparition du gaz. Les planètes géantes auraient d'abord occupé une configuration plus compacte, entourées d'un disque de planétésimaux glacés. Des échanges gravitationnels auraient lentement modifié leurs orbites jusqu'à ce que Jupiter et Saturne franchissent une résonance mutuelle, déstabilisant le système. Uranus et Neptune auraient été projetées vers l'extérieur, peut-être en échangeant leurs places, et le disque de planétésimaux largement dispersé.

Ce scénario rend compte de plusieurs traits : les excentricités des planètes géantes, la structure de la ceinture de Kuiper, les astéroïdes troyens de Jupiter et les lunes irrégulières capturées par les géantes, dont les satellites irréguliers de Saturne comme Phœbé. La version initiale reliait l'instabilité à un « grand bombardement tardif » il y a environ 3,9 milliards d'années ; les travaux récents favorisent une instabilité plus précoce, dans les cent premiers millions d'années, et ce bombardement lui-même est désormais contesté.

Chapitres suivants : l'inclinaison et les anneaux

L'inclinaison de 26,7° de l'axe de Saturne n'est probablement pas d'origine. Une explication majeure fait intervenir une résonance entre la lente précession de l'axe de Saturne et l'orbite de Neptune, qui aurait progressivement fait basculer la planète. Une étude de 2022 (Wisdom et al.) a proposé que la perte d'un ancien satellite, surnommé Chrysalis, ait à la fois sorti Saturne de cette résonance et fourni la matière des anneaux. L'idée rejoint le débat sur l'âge des anneaux, peut-être bien plus jeunes que la planète.

Questions fréquentes

Quand Saturne s'est-elle formée ?

Il y a environ 4,5 milliards d'années, dans les premiers millions d'années qui ont suivi la naissance du Soleil. Les géantes gazeuses devaient achever de capter leur hydrogène et leur hélium avant la dissipation du disque protoplanétaire.

Saturne s'est-elle formée avant la Terre ?

Très probablement. Les géantes gazeuses doivent se former tant que le disque de gaz existe, en quelques millions d'années, alors que la Terre a mis des dizaines de millions d'années à achever sa croissance par collisions.

Pourquoi Saturne est-elle plus petite que Jupiter ?

Plus éloignée du Soleil, où les solides s'assemblaient plus lentement, Saturne a sans doute entamé sa capture rapide de gaz plus tard, quand le disque en contenait moins. Elle a fini avec environ 95 masses terrestres, contre 318 pour Jupiter.

Saturne a-t-elle toujours occupé son orbite actuelle ?

Probablement pas. Le Grand Tack et le modèle de Nice suggèrent que Saturne a migré avec Jupiter dans le jeune Système solaire, puis s'est éloignée du Soleil lors d'une instabilité ultérieure entre planètes géantes.

Sources

  • Tsiganis, K., Gomes, R., Morbidelli, A. et Levison, H. F. (2005), « Origin of the orbital architecture of the giant planets of the Solar System », Nature
  • Walsh, K. J. et al. (2011), « A low mass for Mars from Jupiter's early gas-driven migration », Nature
  • Mankovich, C. et Fuller, J. (2021), « A diffuse core in Saturn revealed by ring seismology », Nature Astronomy
  • Wisdom, J. et al. (2022), « Loss of a satellite could explain Saturn's obliquity and young rings », Science
  • NASA Science : Saturn

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