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Saturne, le dieu romain des semailles et de l'âge d'or

Mis à jour le · 7 min de lecture

Saturne (Saturnus) est l'un des plus anciens dieux de Rome : une divinité des semailles et de l'abondance, dont le temple au Forum abritait le trésor public et dont la fête, les Saturnales, ouvrait la fin de décembre. Identifié par les Romains au Titan grec Cronos, le dieu Saturne a hérité de lui la faucille, le mythe des enfants dévorés et le souvenir d'un âge d'or où il régnait sur le Latium.

Sommaire
  1. Origines et nom du dieu Saturne
  2. Un dieu des semailles et de la richesse
  3. Rites singuliers
  4. Le mythe romain de Saturne
  5. Iconographie : comment reconnaître Saturne
  6. Saturne hors de Rome : le Saturne africain
  7. Le dieu, la planète, le jour
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Origines et nom du dieu Saturne

Les Romains eux-mêmes ignoraient l'origine exacte de leur dieu. Varron, au Ier siècle av. J.-C., rattache son nom aux semailles : ab satu est dictus Saturnus, « Saturne tire son nom de satus », l'action de semer (De la langue latine, V, 64). Les linguistes modernes jugent cette étymologie fragile, la voyelle longue de Saturnus s'accordant mal avec satus ; on a proposé une origine étrusque (un dieu Satre est connu), sans certitude. Une forme ancienne, Saeturnus, est attestée sur une coupe inscrite du Latium.

Ce qui est sûr, c'est l'ancienneté du culte. Varron rapporte que le Capitole s'appelait autrefois mons Saturnius et qu'une ville nommée Saturnia s'y élevait. Le plus vieux vers latin connu porte aussi le nom du dieu : le vers saturnien, mètre des premiers poèmes et inscriptions de Rome. Enfin, Saturne possédait au Forum l'un des premiers temples de la République, dont la dédicace remonte selon Tite-Live (II, 21) au consulat de 497 av. J.-C.

Un dieu des semailles et de la richesse

Saturne préside aux semences confiées à la terre, plus qu'à la moisson elle-même : c'est un dieu du grain enfoui et de la promesse d'abondance. Il est étroitement associé à Ops, déesse de la richesse agricole, dont la fête, les Opalia, suivait de près les Saturnales. Les prières pontificales l'associaient aussi à une divinité obscure, Lua, liée à l'expiation et aux armes prises à l'ennemi.

Ce lien avec l'abondance explique un trait unique : le temple de Saturne servait d'aerarium, le trésor de l'État romain, géré par les questeurs. Les lingots, les monnaies et une partie des archives publiques reposaient sous la protection du dieu des réserves. Les monnaies républicaines frappées par des magistrats montrent d'ailleurs souvent la tête de Saturne, accompagnée de sa serpe.

Rites singuliers

Plusieurs détails du culte frappaient déjà les Anciens, qui les rapportent surtout par Macrobe (Saturnales, livre I, chap. 7-10) :

  • Le rite grec. À Rome, on sacrifiait d'ordinaire la tête couverte d'un pan de toge. Pour Saturne, on officiait au contraire tête nue, « selon le rite grec » (Graeco ritu), indice que le culte avait été remanié sous influence grecque.
  • La statue aux pieds liés. La statue du dieu, dans son temple, avait les pieds entravés par des bandelettes de laine, que l'on dénouait pendant sa fête. Macrobe y voit, citant Apollodore, une image du grain qui « se libère » en germant ; d'autres y ont lu le souvenir du dieu enchaîné par Jupiter.
  • Les Saturnales. Le 17 décembre, un sacrifice public et un banquet ouvraient les Saturnales, fête d'inversion sociale, de jeux et de cadeaux, qui finit par durer plusieurs jours.

Le mythe romain de Saturne

Les mythes racontés sur Saturne sont presque tous empruntés à la Grèce, mais les Romains leur ont ajouté une suite italienne.

  1. L'héritage de Cronos. Fils du Ciel et de la Terre, Saturne a détrôné son père, puis avalé ses enfants par crainte d'être renversé à son tour ; Jupiter, sauvé par sa mère, l'a vaincu. Tout ce récit vient de la Théogonie d'Hésiode (voir Saturne et Cronos).
  2. L'exil en Italie. Chassé de l'Olympe, Saturne débarque dans le Latium. Ovide (Fastes, I, 233-238) raconte qu'il arriva par bateau et fut accueilli par Janus, ce qui expliquerait la proue de navire figurant sur les vieilles monnaies de bronze au double visage de Janus.
  3. Le roi civilisateur. Chez Virgile (Énéide, VIII, 319-327), le roi Évandre explique à Énée que Saturne rassembla les peuples dispersés dans les montagnes, leur donna des lois et nomma le pays Latium parce qu'il s'y était caché (latuisset). Sous son règne, dit Virgile, s'écoulèrent les siècles d'or : c'est l'âge d'or.
  4. L'ancêtre des rois latins. Virgile fait encore de Saturne l'aïeul du roi Latinus, par Picus et Faunus (Énéide, VII, 47-49) ; voir la famille de Saturne.

On voit la contradiction : le même dieu est un père cruel en Grèce et un bon roi en Italie. Les Romains l'ont résolue en plaçant la cruauté avant l'exil et la bonté après.

Iconographie : comment reconnaître Saturne

AttributSignificationOù on le trouve
Faucille ou serpeSemailles et moissons ; arme de Cronos contre OuranosMonnaies républicaines, fresques de Pompéi
Tête voiléeVieillesse, dignité, mystèrePeintures et reliefs romains
Vieillard barbuDieu des origines, père des dieuxArt antique et moderne
Enfant dévoréMythe grec de CronosRubens, Goya
Faux et sablierSaturne confondu avec le TempsGravures de la Renaissance et de l'époque baroque
Jambe de bois, béquilleLenteur de la planète, vieillesseImages médiévales des « enfants des planètes »

Au Moyen Âge et à la Renaissance, Saturne devient surtout une figure planétaire : un vieillard boiteux armé d'une faux, patron des paysans, des mineurs et des mélancoliques (voir mélancolie saturnienne). La peinture baroque retient le dévoreur : le Saturne de Rubens (1636-1638) puis celui de Goya, Saturne dévorant un de ses fils, peint vers 1819-1823 sur un mur de sa maison, ont fixé l'image moderne d'un dieu terrifiant. Pour un panorama plus large, voir Saturne dans la peinture.

Saturne hors de Rome : le Saturne africain

Dans l'Afrique romaine, Saturne est devenu le grand dieu des campagnes. Sous ce nom latin, les fidèles honoraient en réalité Baal Hammon, l'ancien dieu de Carthage. Des milliers de stèles votives, étudiées notamment par l'historien Marcel Le Glay, montrent un « Saturne africain » souverain du ciel et des récoltes, bien plus central que son homonyme romain. Les auteurs grecs et romains ont aussi associé le Kronos de Carthage aux sacrifices d'enfants ; l'ampleur réelle de ces pratiques reste débattue par les archéologues.

Le dieu, la planète, le jour

Les Grecs donnaient à la plus lente des planètes visibles le nom de Cronos ; les Romains l'appelèrent donc stella Saturni, l'astre de Saturne (voir le nom et le symbole de Saturne). Sa lenteur, près de 30 ans pour faire le tour du zodiaque, renforça l'image d'un dieu vieux et grave. Le dieu a aussi donné son nom au septième jour, dies Saturni, qui a survécu dans l'anglais Saturday (voir l'origine du samedi).

Questions fréquentes

De quoi Saturne est-il le dieu ?

Saturne est le dieu romain des semailles, de l'agriculture et de l'abondance. Par son assimilation à Cronos, il est aussi devenu le roi de l'âge d'or et, plus tard, une figure du Temps.

Quel est l'attribut du dieu Saturne ?

Son attribut principal est la faucille, ou serpe recourbée. Elle évoque à la fois le travail agricole et l'arme avec laquelle Cronos mutila son père Ouranos.

Qui est la femme de Saturne ?

Son épouse est Ops, déesse de l'abondance et des récoltes, que les Romains assimilèrent à la Titanide Rhéa. Le couple avait des fêtes voisines en décembre et en août.

Saturne est-il le père de Jupiter ?

Oui, dans la mythologie gréco-romaine : comme Cronos, Saturne est le père de Jupiter, qui le détrôna. Selon la tradition romaine, Saturne vaincu se réfugia ensuite en Italie.

Pourquoi la statue de Saturne avait-elle les pieds liés ?

Les sources anciennes rapportent que sa statue avait les pieds entourés de bandelettes de laine, déliées pendant les Saturnales. Macrobe y voyait l'image de la semence qui se libère en germant.

Sources

  • Varron, De la langue latine, V, 42 et 64
  • Tite-Live, Histoire romaine, II, 21 (dédicace du temple)
  • Virgile, Énéide, VII, 47-49 et VIII, 319-327
  • Macrobe, Saturnales, livre I, chap. 7-10
  • Marcel Le Glay, Saturne africain. Histoire, Paris, De Boccard, 1966

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